La gare de Quiévrain

Quiévrain fut le point d’aboutissement belge de l’importante « Ligne du Midi », entre Bruxelles et la France. La station-frontière, mise en service en 1842, connut ainsi de grandes heures internationales. Elle fut dotée d’un bâtiment très important qui combinait les services des douanes et des chemins de fer. Le choix de la ligne Mons-Quévy pour le trafic international précipita Quiévrain progressivement presque dans l’oubli. La gare vivote aujourd’hui, son bâtiment, à l’architecture unique, est mourant…

Mise en serviceFin du service voyageursFin du service marchandises
07.08.1842?

Synthèse

  • Quiévrain a joué un rôle majeur dans les débuts des liaisons ferroviaires entre la Belgique et la France, sur la « Ligne du Midi », future ligne 97. Elle accueillit également temporairement la ligne 98 via Elouges. Reliée à Mons dès 1842 puis à Blanc-Misseron quelques mois plus tard, la gare devint rapidement un point de passage incontournable des trains internationaux entre Bruxelles et Paris. Les voyageurs y effectuaient notamment les contrôles douaniers.
  • Une première gare provisoire en bois fut construite en 1846, avant d’être remplacée par l’imposant bâtiment actuel achevé en 1866, de style néo-classique à influence française. Grâce à son rôle international, la gare disposait d’importantes infrastructures : ateliers de locomotives, hangars à marchandises, cabines de signalisation, château d’eau, plaque tournante et nombreuses voies de triage. Plusieurs industries locales y furent raccordées.
  • Cependant, Quiévrain entra progressivement en concurrence avec Quévy, située sur un itinéraire (L96) Bruxelles–Paris plus rapide exploité par le « Nord Belge ». À partir de 1940, le trafic international fut progressivement reporté vers Quévy. Les trains internationaux voyageurs disparurent définitivement en 1954, tandis que les derniers autorails transfrontaliers circulèrent jusqu’en 1976. Le trafic marchandises frontalier cessa en 1992.
  • Malgré ce déclin, la gare de Quiévrain reste aujourd’hui en activité sur la ligne 97 venant de Saint-Ghislain…

La grande histoire

Quiévrain fut le point d’aboutissement belge de la « Ligne du Midi », point de jonction entre la Belgique et la France, débouché important vers l’Hexagone. L’axe venant de Mons fut inauguré le 7 août 1842. La jonction avec la France, via Blanc-Misseron, fut opérationnelle dès le 14 novembre, une semaine seulement après l’ouverture de la première liaison franco-belge entre Mouscron et Tourcoing. Quiévrain devient une plaque tournante importante de et vers Paris. L’inauguration de la ligne Paris-Bruxelles fut célébrée le 14 juin 1846. Le 16 juin, le train reprenait la route vers Paris via Mons et Quiévrain, via Valenciennes, Douai, Arras et Amiens. Les voyageurs des trains internationaux quotidiens descendirent dès lors à Quiévrain pour se soumettre au contrôle douanier.

La première gare de Quiévrain, construite en1846, était modeste et provisoire: le bâtiment était en bois, peu commode, comme celui de la plupart des stations de la ligne venant de Mons. Toutes, depuis Jemappes, seront dotées plus tard de bâtiments des voyageurs construit sur base des plans de l’Etat belge. Seule la gare de Quiévrain, dont l’architecture aurait été influencée par sa proximité avec la France, a été construit dans un style « éclectique ». Six voies et une ligne « marchandises » perpendiculaire équipée d’une plaque tournante. Les bureaux des « Poste, Télégraphe, Téléphone (RTT) » étaient installés à l’intérieur du bâtiment principal.

Etat-Privé

Quiévrain va entrer en concurrence avec Quévy, située sur un axe Bruxelles-Paris plus court, plus rapide, un axe du « Nord Belge », propriété de ce visionnaire de Rothschild. La concurrence Etat-Privé… qui finira dans le camp de la Compagnie privée du Nord de Rothschild. Le trafic international des voyageurs connut ainsi un lent déclin dès 1940, l’itinéraire vers Paris via Quévy et Saint-Quentin étant privilégié. Le service international des voyageurs fut supprimé en 1954. Trois allers-retours quotidiens entre Quiévrain et Blanc-Misseron sont toutefois restés assurés par les autorails de la SNCB jusqu’au le 29 mars 1976. Pour le trafic des marchandises, le point-frontière sera fermé le 15 avril 1992. Quiévrain finira presqu’oubliée par le temps, contrairement Quévy qui vécut de grandes heures internationales, prolongées aujourd’hui par le trafic des trains « Ouigo ».

Même si l’Etat dota Quiévrain d’infrastructures importantes, notamment un atelier de réparation de locomotives (1857). La gare que nous connaissons encore aujourd’hui ne sera terminée qu’en 1866. Monumentale, d’inspiration néo-classique et, donc, d’influence résolument française. Sur le fronton, d’ailleurs, on lira longtemps l’inscription « Chemins de Fer » courante dans les stations de l’Hexagone. La nouvelle gare catalysa une vie sur la nouvelle « place de la gare », animée par des hôtels, des cafés, des maisons destinées aux douaniers. Une gare vicinale y fut implantée: les trams à vapeur sillonnèrent ainsi les campagnes du Haut-Pays vers Roisin (1890) et celles, plus tard, de Montroeul (1922).

Le rôle « international » de la gare de Quiévrain justifiait l’importance de son bâtiment principal, tout en longueur. La partie gauche servait aux services douaniers et de police, au centre l’entrée principale vers les espaces des chemins de fer, salle d’attente, guichets, buffet, bureau pour le télégraphe et le téléphone. La maison du chef de station a été construite à l’arrière de la gare, dans l’actuelle rue de Montroeul.

Quiévrain était également connue pour les lâchers de pigeons… On entendait ainsi le dimanche à la radio « La ligne du Centre, Quiévrain, les convoyeurs attendent… »

Travaux, raccordés…

Quiévrain fut dotée, à ma fin des années 1890, de trois hangars aux marchandises, d’une remise aux locomotives, d’une plaque tournante et d’un dortoir, tout près d’une nouvelle cabine (block 32 Siemens) à l’entrée côté nord, où la ligne 98 et le charbon venant de Dour et d’Elouges vinrent se jeter dès 1873. Une autre cabine (block 33 Saxby) fut construite près du passage à niveau vers Montroeul et Hensies, ainsi qu’un château d’eau alimenté avec l’eau de la Grande Honnelle par pompage. La prise d’eau des locomotives est tout près de la remise et d’un faisceau « marchandises » d’une dizaine de voies. Plusieurs entreprises vinrent se raccorder à la gare, notamment le gazomètre (1869), l’atelier d’effilochage Emile Rolland (1872), la fonderie Wallet (1880), la sucrerie Olivier (1899), la ligne de transbordement SNCV.

La remise aux locomotives sera démolie en 1936, la plaque tournante subira le même sort. Le rachat par l’Etat belge en mai 40 de la dernière compagnie privée, le « Nord Belge », poussera le choix du trafic transfrontalier sur l’axe Mons-Quévy (L96). Quiévrain allait lentement entrer dans l’oubli, ou presque. La gare de Quiévrain est toujours active aujourd’hui sur la ligne 97 venant de Saint-Ghislain.


Chronologie quiévrainoise

  • 1842. Inauguration de la ligne du « midi » de l’Etat de Mons vers Quiévrain via Saint-Ghislain. En novembre, la ligne belge est prolongée jusqu’au point-frontière.
  • 1843. Création d’un bureau des douanes dans la station.
  • 1846. Le 15 juin, la ligne est ouverte et permet de relier Paris à Bruxelles.Construction de la première gare de Quiévrain, « provisoire et peu commode ».
  • 1864. Le 2 novembre, adjudication et début des travaux du nouveau bâtiment principal de la nouvelle gare.
  • 1867. Inauguration de la nouvelle gare que nous connaissons toujours aujourd’hui.
  • 1890. Construction d’une vaste infrastructure à Quiévrain dont trois hangars aux marchandises. Le trafic transfrontalier bat son plein.
  • 1869. Etablissement des premiers raccordements industriels privés à la station.
  • 1961. Dernières heures de la ligne vers Quiévrain via Elouges.
  • 1977. Derniers trains vers Blanc-Misseron (Fr).
  • Vers 1979. Les dédouanements et manoeuvres de marchandises passent de Quiévrain à Saint-Ghislain.
  • 1984. Fermeture du tronçon voyageurs vers la France.
  • 1992. Derniers convois de marchandises. La ligne ente Quiévrain et Blanc-Misseron (1 km.) est partiellement déferrée.
  • 1995. Electrification et mise à voie unique vers Thulin et Saint-Ghislain.
  • 2003. En juillet, fermeture du bâtiment principal de la gare au public, par mesure de sécurité.
  • 2005. Un projet d’une nouvelle liaison Mons-Valenciennes se précise.
  • 2006. Consultations préalables côté français, côté belge…
  • 2008 (?). Etudes techniques en vue d’une potentielle réouverture « internationale ».
  • 2026. Les convoyeurs, jadis si nombreux lors des lâchés de pigeons sur la place de la gare, attendent toujours… l’impossible retour du train venant de Blanc-Misseron. Le bâtiment principal est abandonné, dans un état lamentable.

Sites à consulterGares belges d’autrefois
RailStation
Wikipedia FR
Wikipedia NL
Spoorweggeschidenis JP Schenkel