La gare de Wihéries

La gare de Wihéries est née dans le même temps que l’arrivée de la ligne internationale Dour-Roisin-Autreppe-Bavay, le 1er mai 1882. Comme beaucoup de points d’arrêt sur cette ligne, elle a d’abord été équipée d’un bâtiment provisoire en bois. Un bâtiment des recettes digne de ce nom fut ensuite construit. L’activité était intense à Wihéries, grâce au trafic des voyageurs et surtout aux wagons de marchandises qui y transitaient, chargés de produits agricoles ou des pierres des carrières locales. Le trafic des voyageurs a cessé à Wihéries le 25 septembre 1960, celui des marchandises le 11 mai 1961. Les bâtiments de la gare ont été rénovés en habitation, la voie est devenue un RAVeL.

Synthèse

  • La gare de Wihéries a été mise en service le 1er mai 1882 lors de l’ouverture de la ligne entre Dour et Audregnies. Son implantation, à cheval sur les villages d’Elouges et de Wihéries, résultait à la fois de contraintes géographiques et d’un compromis politique entre les communes concernées.
  • Après un simple bâtiment provisoire en bois, la halte fut dotée d’un bâtiment type de l’État belge, complété par des installations marchandises importantes : cour à voies, hangar, pont-bascule, rampe de chargement et prise d’eau pour locomotives à vapeur. L’activité était notamment alimentée par une voie étroite Decauville de 60 cm reliant la carrière du « Trau à Cayaux » à la gare. Les produits agricoles locaux, notamment les betteraves, représentaient également un trafic significatif. Le service voyageurs fut supprimé en 1960 et le trafic marchandises en 1961.
  • Aujourd’hui, l’ancien bâtiment de gare a été transformé en habitation privée. Quelques vestiges subsistent, comme les pavés de l’ancienne place de la gare et le tracé des voies, désormais occupé par le RAVeL.
  • À l’entrée de Wihéries subsistent également deux ponts ferroviaires. Le premier portait la ligne de l’État vers Roisin-Autreppe, tandis que le second appartenait à l’ancienne ligne privée de l’Ouest de Mons desservant notamment le charbonnage de Ferrand.
  • La carrière du « Trau à Cayaux », exploitée depuis au moins le XVIIIe siècle, joua un rôle majeur dans l’activité de la gare. Malgré les tentatives des chemins de fer d’imposer un raccordement classique, le transport des pierres s’effectua pendant près de 45 ans par voie Decauville. Après plusieurs changements de propriétaires et le déclin de l’exploitation, la carrière fut progressivement abandonnée puis comblée, disparaissant peu à peu de la mémoire locale.

La grande histoire

L’arrivée du chemin de fer dans le Haut-Pays date du 1er mai 1882, jour de l’inauguration de la première partie de la ligne vers Roisin-Autreppe, entre Dour et Audregnies. Wihéries est le premier point d’arrêt après la gare de Dour. Il est implanté à cheval sur les villages d’Elouges et Wihéries, un choix géograhique et… politique. Géographique parce que le profil accidenté vers le Haut-Pays imposait la ligne la plus droite possible; politique car elle « satisfaisait » tous les villages sans privilégier l’un plutôt que l’autre. Plus loin suje la ligne, la gare de Angre sera « négociée » sur le territoire d’Onnezies, celle de Roisin-Autreppe sera implantée à cheval sur les deux villages.

Initialement équipée d’un bâtiment provisoire en bois, Wihéries allait se développer en « halte » avec un vrai bâtiment principal érigé selon le plan « type » de 1893 de l’Etat. Quelques infrastructures allaient compléter ce bureau des recettes: un puits à usage du chef de gare, une cour à deux voies et un hangar aux marchandises, un pont à peser, une rampe de chargement, une prise d’eau pour les locos vapeur. L’activité des marchandises était importante: une ligne « Decauville », à écartement de 60 centimètres, acheminait vers la gare les wagonnets chargés de pierre de la carrière du « Trou à Caillaux » tout proche. En saison, de nombreux wagons étaient chargés de betteraves et autres produits agricoles locaux. Le trafic des voyageurs a cessé à Wihéries le 25 septembre 1960, celui des marchandises le 11 mai 1961.

L’espace de la gare a, aujourd’hui, gardé certains signes du passé: l’espace de la gare et du « magasin » a été rénové en une maison particulière. Les pavés rappellent l’ancienne « place de la gare » qu’évoque également le nom de la rue qui y conduit. Le RAVeL a pris l’espace des voies.

Deux ponts

A l’entrée de la « halte » de Wihéries, en venant de Dour, le chemin de fer enjambe la rue de la Fontaine, grâce à deux ouvrages permettant la « tranchée » reliant Elouges-Monceau à Wihéries. Le premier pont, en montant la rue de la Fontaine, permettait au chemin de fer de l’Etat vers Roisin-Autreppe d’accéder à la gare de Wihéries. Ce pont a été peint en jaune, couleur symbolisant le passage du RAVeL. Le second pont, celui de la ligne privée de l’Ouest de Mons parant de Dour, plongeait juste après la gare vers le charbonnage de Ferrand, et, plus loin, vers l’Avaleresse de Baisieux. On peut encore deviner aujourd’hui l’existence de ce tronçon grâce au sous-bassement du pont qui enjambe la route N553 entre Elouges et Roisin, juste après l’ancien charbonnage de Ferrand en direction de Roisin.

Le « Trau à Cayaux ». Une voie « Decauville » à écartement de 60 cm descendait la rue de la gare, les wagonnets chargés de pierre de la carrière du « Trau à Cayaux » montaient la rampe pour être transbordés ». Pas de charbonnage à Wihéries mais, très tôt, des carrières de grès. Un relevé de 1733 en atteste au moins quatre, dont le célèbre « Trau à Cayaux », authentique « trou dans la mémoire » locale. Au centre de plusieurs conflits d’intérêts, celui-ci reste sans doute le plus célèbre des sites d’extraction. Propriété, en 1911, de M. Vilain, la S.A. des Carrières de Grès introduit une demande de raccordement à la station par l’intermédiaire d’une section à voie étroite (système « Decauville »). Les Chemins de Fer tentent bien de persuader M. Vilain de l’efficacité d’un « vrai » raccordement ferroviaire -financièrement plus intéressant pour le rail!- mais c’est bien finalement le « Decauville » qui fonctionnera ici pendant 45 ans. Et ce, quels que soient les propriétaires d’un site qui connut des hauts et des bas. Voyez plutôt: en faillite en 1929, la société est reprise par M. Racheneur qui la loue alors à M. De Vriese (1936). Mais l’activité stagne et, en 1948, M. Racheneur constate qu’il loue toujours une « estacade » de chargement dont profite essentiellement l’entrepreneur Delbart, occupé à construire la nouvelle route reliant Dour à Audregnies par Wihéries. En 1950, M. Warocquiez, propriétaire des fours à chaux d’Elouges, loue à la S.N.C.B. ladite estacade, pourtant en très mauvais état. Selon les documents que nous avons consultés, il ne l’a guère utilisée… Quant au « Trau à Cayaux », son comblement par des déchets divers l’a plongé dans les oubliettes de l’Histoire.

L’histoire des carrières de Wihéries