
7 août 1842. Le premier train arrive à Boussu. L’axe Mons-Quiévrain a été inauguré. Le bâtiment principal de la gare n’est pas encore construit; un plan de Vandermaelen montre la présence d’une petite construction, probablement en bois, implantée sur la gauche du futur bâtiment principal. C’est déjà la fête au village. Des gradins ont été installés, fanfares, enfants costumés, curieux… Ils seront 40.000 à fêter le passage du premier train Bruxelles-Paris sur toute la ligne « du Midi », axe à vocation internationale entre les deux capitales. Les chemins de fer vont exproprier une partie de la propriété du comte de Nedonchelle, successeur du Comte de Caraman. La conciergerie du château fait partie de la zone expropriée. Le châtelain imposera à l’Etat de lui en construire une nouvelle… C’est le bâtiment qui existe toujours aujourd’hui, en bordure du site du château et de la ligne 97.
Les sociétés voisines de la station vont profiter de l’aubaine pour installer des raccordements industriels… le tailleur de pierre Ducobu, en face de la gare actuelle, la Brasserie Pécher, les Ateliers Bonaventure, Dorzée, la Corderie Laurent, les sociétés Baise, Meura, Gossuin Laitem Boucquiaux… Tout près de la ligne de l’Etat s’installera par ailleurs une gare vicinale avec remise pour trams à vapeur. Elle est toujours visible aujourd’hui le long de la ligne vers Saint-Ghislain.
Trois gares
Le premier bâtiment principal de la gare de Boussu est construit en 1861 dans le style néo-renaissance flamande, en remplacement de la modeste construction initiale. Le passage à niveau est doté d’un quai amovible que l’on ferme au passage des trains. La gare atteint son essor économique… le hangar et la cour aux marchandises et sa voie en cul-de-sac en témoignent.
Avril 1918. Les Allemands décident de raser le bâtiment principal pour y installer un qui d’embarquement « Militar-Ramp ». C’est là désormais que transiteront chevaux, munitions, troupes, canons se rendant sur le front. Le 6 novembre 1918, un des convois de munitions s’arrête en gare. Il est aperçu par un artilleur canadien qui pointe son canon sur la rame. Explosion générale. Le convoi, les voies, la gare et tout le quartier… On sécurisera l’emprise de la station par une lourde palissade en bois.
Le second bâtiment des recettes sera construit et mis en service en 1922, une construction dans le style de l’Etat de 1895, qui présente deux salles d’attente, l’une pour les 1re et 2e classes au parquet en bois de sapin, l’autre pour les 3e. Un appartement pour le chef, avec chambres, caves, carrelages en céramique complétera l’ensemble à l’étage. Ce bâtiment, qui existe toujours aujourd’hui et regroupe désormais les activités du Centre culturel de Boussu. Il a évolué au fil du temps: les deux salles d’attente ont été fusionnées et comprenaient un bureau et le guichet. Le passage à niveau fut restauré avec le temps et la montée en puissance de la route. Le quai amovible a été remplacé par une grande barrière située à l’endroit actuel. La gare fut dotée d’une cabine (block 30, type Siemens) dont on aperçoit encore aujourd’hui le « bow window » dans le bâtiment, petite avancée jadis vitrée sur le quai n°1.
Vitrine du château?
Boussu et sa gare passeront le cap des décennies au rythme de l’évolution de la ligne 97, entre Mons et Quiévrain. La station connaîtra de nombreux sabotages pendant le second conflit mondial (43 et 44). Lentement, la philosophie du transport s’orientant vers la route, le quasi monopole du rail s’effilochera. Au tournant du 3e millénaire, la SNCB décida de restaurer le bâtiment principal par « gommage de la brique ». La verrière fut remplacée en mai 2002. Le hangar aux marchandises a, quant à lui, déjà disparu, de même que le passage à niveau (PN 122) du Chemin du Parc à Saules. Le PN 123, de la rue de Caraman, est toujours en service. La cabine a cessé de gérer le trafic en gare qui est désormais pris en main par Mons. Un préposé a continué brièvement à marquer la gare d’une présence « cheminote ». Solution éphémère, cependant. Le service sera interrompu par manque de personnel. Les vandales prendront le relais… incendie, vols, dégradations multiples. La SNCB fermera le bâtiment le 1er février 2003.





La deuxième gare, bel exemple du plan type 1860
La première gare de Boussu était un modèle standard utilisé par les Chemins de Fer de l’Etat, avec, notamment une toiture qui évoque le style néo-Ranaissance flamande et ses redans. La gare de Boussu appartenait au modèle le plus grand.
Les Allemands ont fait démolir le bâtiment en avril 1918 pour agrandir les installations de déchargement. L’infrastructure de la gare de Boussu a été, ensuite, temporaire, avec plusieurs locaux en bois. La nouvelle gare a été mise en service en 1922, sur base des plans architecturaux de 1895.


Centre culturel
Centre culturel. L’ancienne gare de Boussu est entrée dans une nouvelle ère. Le Centre Culturel local occupe le bâtiment rénové depuis le début août 2025. La commune de Boussu avait obtenu, par un bail emphytéotique signé le 3 juillet 2013, la gestion de la gare de Boussu pour une durée de 50 ans. Les travaux de rénovation des lieux ont commencé le 7 novembre 2022, après un long cheminement pour obtenir les subsides de la Wallonie. Le chantier a notamment concerné le remplacement des toitures, des châssis et des portes ainsi que le reconditionnement de l’intérieur du bâtiment. L’ancienne salle d’attente de la gare a été fusionnée avec un bureau, ce qui a permis de créer un vaste espace qui sera utilisé pour des conférences, des ateliers, des expositions. Cet espace pourra aussi être loué à des associations locales. Une petite salle de réunion, avec accès à une courette, a été aménagée au rez-de-chaussée de l’ancienne habitation du chef de gare. L’accueil et le bureau de la directrice du Centre culturel se trouvent à l’étage. Le projet n’a pas oublié les voyageurs: une nouvelle salle d’attente a ainsi été aménagée à l’emplacement des anciens WC et de l’aubette à journaux de la gare. L’accès à cet espace s’effectue directement par le parking. Les travaux ont été terminés en octobre 2024, à l’exception de la rénovation de la marquise le long du bâtiment côté voie.



Boussu, porte du Haut-Pays? Le fait est plutôt rare et il mérite donc d’être souligné: à deux pas de la gare boussutoise fonctionnera, pendant une trentaine d’années, un important dépôt vicinal riche de plusieurs voies de garage. En effet, dès le 14 juillet 1896, des trams à vapeur (puis électriques en 1931) relient la station à Erquennes en passant par Dour. Une ligne importante (15, 5 kms) puisque, d’une part, elle met fin à l’isolement relatif des citoyens erquennois, faytois et athisois et, d’autre part, elle dessert un certain nombre de petites entreprises (moulins Wins et Mollet, sucrerie de Blaugies, quelques fermes pour le transport des betteraves, pulpes, mélasse, etc.). En principe, au-delà de la frontière, la ligne aurait dû se connecter à une voie française et ainsi rejoindre Bavay par la bruyante « vallée du marbre » mais le projet n’a jamais abouti. Une forme latente de protectionnisme économique n’y est sans doute pas étranger… Ajoutons que cette même ligne fut vite prolongée, depuis la gare de Boussu, vers le canal de Mons à Condé (lieu-dit « Les Herbières »), prioritairement pour l’acheminement de diverses marchandises. Signalons enfin que Boussu-Erquennes ne fut raccordé à la ligne vicinale reliant Boussu à Mons -ndlr.: elle-même longtemps retardée par crainte de concurrence avec le train!- qu’au début des années 1930…

