
La gare de Wihéries est née dans le même temps que l’arrivée de la ligne internationale Dour-Roisin-Autreppe-Bavay. Comme beaucoup de points d’arrêt sur cette ligne, elle a d’abord été équipée d’un bâtiment en bois provisoire. Un bâtiment des recettes digne de ce nom fut ensuite construit.
L’arrivée du chemin de fer dans le Haut-Pays date du 1er mai 1882, jour de l’inauguration de la première partie de la ligne vers Roisin-Autreppe, entre Dour et Audregnies. Wihéries est le premier point d’arrêt après la gare de Dour. Il est implanté à cheval sur les villages d’Elouges et Wihéries, un choix géograhique et… politique. Géographique parce que le profil accidenté vers le Haut-Pays impose la ligne la plus droite possible; politique car elle « satisfait » tous les villages sans privilégier l’un plutôt que l’autre. Plus loin, la gare de Angre sera « négociée » sur le territoire d’Onnezies, celle de Roisin-Autreppe sera implantée à cheval sur les deux villages.
Initialement équipée d’un bâtiment en bois, provisoire, Wihéries allait se développer en « halte » avec un vrai bâtiment principal érigé selon le plan « type » de 1893 de l’Etat. Quelques infrastructures allaient compléter ce « bureau des recettes »: un puits à usage du chef de gare, une cour et un hangar aux marchandises, un pont à peser, une rampe de chargement, une prise d’eau pour les locos vapeur. L’espace de la gare, aujourd’hui, a gardé certains signes du passé: l’espace de la gare et du « magasin » a été rénové en une maison particulière. Les pavés rappellent l’ancienne « place de la gare » qu’évoque également le nom de la rue qui y conduit.

Deux ponts
A l’entrée de la « halte » de Wihéries, en venant de Dour, le chemin de fer enjambe la rue de la Fontaine, grâce à deux ouvrages permettant la « tranchée » reliant Elouges-Monceau à Wihéries. Le premier pont, en montant la rue de la Fontaine, permettait au chemin de fer de l’Etat vers Roisin-Autreppe d’accéder à la gare de Wihéries. Ce pont a été peint en jaune, couleur symbolisant le passage du Ravel. Le second pont, celui de la ligne privée de l’Ouest de Mons parant de Dour, plongeait juste après la gare vers le charbonnage de Ferrand, et, plus loin, vers l’Avaleresse de Baisieux. On peut encore deviner aujourd’hui l’existence de ce tronçon grâce au sous-bassement du pont qui enjambe la route N553 entre Elouges et Roisin, juste après l’ancien charbonnage de Ferrand en direction de Roisin.

Le « Trau à Cayaux »
Une voie « Decauville » à écartement de 60 cm descendait la rue de la gare, les wagonnets chargés de pierre de la carrière du « Trau à Cayaux » montaient la rampe pour être transbordés ».
Pas de charbonnage à Wihéries mais, très tôt, des carrières de grès. Un relevé de 1733 en atteste au moins quatre, dont le célèbre « Trau à Cayaux », authentique « trou dans la mémoire » locale. Au centre de plusieurs conflits d’intérêts, celui-ci reste sans doute le plus célèbre des sites d’extraction. Propriété, en 1911, de M. Vilain, la S.A. des Carrières de Grès introduit une demande de raccordement à la station par l’intermédiaire d’une section à voie étroite (système « Decauville »). Les Chemins de Fer tentent bien de persuader M. Vilain de l’efficacité d’un « vrai » raccordement ferroviaire -financièrement plus intéressant pour le rail!- mais c’est bien finalement le « Decauville » qui fonctionnera ici pendant 45 ans.
Et ce, quels que soient les propriétaires d’un site qui connut des hauts et des bas. Voyez plutôt: en faillite en 1929, la société est reprise par M. Racheneur qui la loue alors à M. De Vriese (1936). Mais l’activité stagne et, en 1948, M. Racheneur constate qu’il loue toujours une « estacade » de chargement dont profite essentiellement l’entrepreneur Delbart, occupé à construire la nouvelle route reliant Dour à Audregnies par Wihéries. En 1950, M. Warocquiez, propriétaire des fours à chaux d’Elouges, loue à la S.N.C.B. ladite estacade, pourtant en très mauvais état. Selon les documents que nous avons consultés, il ne l’a guère utilisée… Quant au « Trau à Cayaux », son comblement par des déchets divers l’a plongé dans les oubliettes de l’Histoire.

